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LA RECHERCHE EN ITINÉRANCE: LE CHEMIN PARCOURU

La question de l'itinérance, problématique complexe sollicitant divers niveaux de compréhension, a constitué un véritable défi pour les chercheurs et les milieux de l'intervention. Qu'allions-nous investiguer prioritairement du point de vue des connaissances essentielles, tout en tenant compte des compétences particulières des chercheurs, de leur champ de spécialisation et de leurs intérêts, mais aussi au regard des préoccupations et des priorités du monde de l'intervention? Sans que nous présentions l'ensemble des recherches menées par le CRI durant cette période, certaines thématiques nous apparaissent être des éléments importants pour la compréhension de la condition itinérante qui s'est développée à travers nos travaux au cours des ans. Dans certains cas, ces thématiques viennent confirmer ce qui n'était au départ qu'intuition ou hypothèse. Dans d'autres cas, elles nous semblent des percées originales qui ont contribué à élargir les préoccupations de recherche, de planification et d'intervention. Étant donné le nombre très imposant des projets de recherche que nous avons collectivement menés et les publications effectuées depuis près de quinze ans, nous nous risquons à résumer ces avancées de recherche à quelques grandes thématiques; celles qui nous sont apparues majeures.

La configuration du phénomène de l'itinérance S'EST TRANSFORMÉE

Au cours des ans un constat s'est imposé comme une évidence: la configuration du phénomène s'est transformée sur au moins trois plans. D'une part, depuis la fin des années 1980 on a pu constater une aggravation du phénomène dans les grandes villes (Montréal, Toronto et Vancouver), mais aussi dans des villes plus petites qui n'étaient pas touchées jusque-là par cette réalité (Laberge, 2000; Roy, Hurtubise et Rozier, 2003; Carie et Bélanger-Dion, 2003; Simard, 2000). D'autre part, le phénomène a été marqué par une diversification des groupes touchés. Alors qu'à la fin des années 1980 l'itinérance était principalement le fait des hommes, aujourd'hui on voit des femmes (Roy et al., 2002) et des jeunes (Parazelli, 2002; Bellot, 2001; Hurtubise et Laaroussi, 2000) qui vivent cette situation et on voit aussi apparaître le phénomène des familles itinérantes et celui de la hausse du nombre d'itinérants parmi les populations autochtones (Bellot, 2001). Enfin, on constate une détérioration des conditions de vie des personnes affectées par des problèmes multiples, et la combinaison de ces problèmes aggrave les difficultés auxquelles ces personnes doivent faire face, et cela, sur plusieurs plans (Poirier et al., 2000; Thibaudeau, 2000).

Des causes ou explications variées et complémentaires

Les premiers travaux que nous avons menés s'inscrivaient dans la recherche de causes opposant le plus souvent les explications structurelles et individuelles. On peut dire aujourd'hui qu'un certain consensus se dégage quant au fait que l'itinérance ne peut être analysée à travers un modèle simple, linéaire et progressif mais, au contraire, qu'elle se construit par la combinaison de facteurs sociaux et de facteurs individuels (Laberge, Poirier et Charest, 1998; Poirier et al., 1999; Roy, 1995). Les explications de nature structurelle peuvent se résumer ainsi: un processus d'appauvrissement engendré par les modifications des politiques publiques et du marché de l'emploi et qui s'est accentué au cours des vingt dernières années (Fecteau, 1995; Roy, 1995); des mesures sociales adoptées au Québec afin de réduire le déficit et qui ont conduit à supprimer ou à diminuer les prestations pour certains groupes de bénéficiaires, gonflant, de ce fait, le bassin des plus démunis; la crise du logement, la précarité résidentielle et Pabsence de logements abordables et salubres, causées notamment par la diminution radicale du parc de logements à prix modique, l'insuffisance de logements avec soutien communautaire, les préjugés de certains propriétaires (Roy, Noiseux et Thomas, 2003). Du côté des explications de nature individuelle, on peut souligner le cumul des problèmes relationnels (Laberge, Poirier et Charest, 1998) ou des carences d'apprentissage social et affectif résultant de traumatismes de l'attachement: deuils, conflits familiaux ou divorces problématiques, violence conjugale, agressions sexuelles ou inceste, négligence ou maltraitance, placements répétés, désengagement parental (Poirier et al., 1999; Poirier, 1996). Les explications de nature institutionnelle, pour leur part, se concentrent autour de la désinstitutionnalisation psychiatrique (Robert, 1990; Campeau, 2000) et sur le fait que les personnes ayant des problèmes de santé mentale ne reçoivent pas toujours le soutien nécessaire leur permettant de vivre de manière autonome dans la société. Enfin, on constate que la judiciarisation et la criminalisation de l'itinérance sont de plus en plus présentes et qu'elles apparaissent parfois comme la réponse la plus adéquate pour mettre fin aux tensions dans l'espace public (Bellot et al., 2005; Laberge et al., 1998; Laberge et Morin, 1997; Gagné, 1996; Legros, 1999; Poirier et al., 1999).

 
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