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La genèse de la condition itinérante est variée

Les nombreux travaux sur la genèse de l'itinérance ont souligné la diversité des parcours possibles (Poirier, 2000). Deux pôles organisent la connaissance sur cette question. On observerait, d'une part, une désaffiliation progressive, une venue à la rue inscrite dans le temps à travers une diversité de difficultés et de ruptures ainsi que de nombreux allers-retours entre l'insertion et la non-insertion. D'autre part, des personnes qui connaissent des ruptures brutales et un passage extrêmement rapide à la situation d'itinérant. Par exemple, l'emprisonnement, généralement considéré comme une réponse à l'itinérance, est aussi un facteur expliquant la venue à l'itinérance, puisqu'il entraîne souvent la perte des biens personnels et la rupture des liens sociaux, ou encore le phénomène des jeunes qui, à la suite d'une fugue de la maison familiale ou du centre jeunesse, se retrouvent à la rue.

Les personnes itinérantes sont inscrites dans des réseaux et la famille occupe une place importante

Itinérance, vie solitaire et isolement social sont indissociablement liés dans les représentations de l'itinérance [1] (Roy, 1988; Roy et Duchesne, 2000). Cela dit, des figures différentes coexistent et, selon la définition retenue, on parlera de vie solitaire, de solitude, d'isolement social; la figure type du clochard robineux aurait tendance à cumuler les trois, mais chez les jeunes ou parmi différents sous-groupes de personnes itinérantes l'un ne va pas nécessairement avec l'autre. Le discours recueilli après de personnes itinérantes, au fil des ans, nous a aussi appris que, pour certains, l'absence ou la faiblesse des liens avec leurs familles est marquante (Poirier et al., 1999; Fortier et Roy, 1996), tandis que pour d'autres la famille occupe une place importante dans leur vie. Ainsi, les conflits ou la rupture avec la famille, l'absence ou la nostalgie de la famille, la perte ou la recherche de la famille reviennent comme des leitmotivs. Du même coup, la famille sert de filet de protection contre la précarisation totale ou agit comme médiateur. Elle offre un dépannage temporaire (financier, affectif, de logement) et joue un rôle de caution auprès des institutions de justice ou de santé mentale (Hurtubise et Vatz-Laaroussi, 2000; Poirier et al., 1999). La famille prend aussi une signification particulière dans le cas des femmes itinérantes ayant des enfants; elles sont souvent en situation de perdre leurs enfants et les chances de les retrouver sont quasi nulles, d'autant que les ressources consacrées aux femmes ne sont souvent pas organisées pour recevoir les enfants.

L'espace n'est pas neutre pour les personnes vivant dans la rue: elles sont observées, judiciarisées, victimisées

La question de l'occupation de l'espace public par les personnes itinérantes a pris, au fil des ans, une importance de plus en plus grande; elle est devenue ces derniers mois d'une très grande actualité. La rue est à la fois objet d'investissement, lieu de rencontre, de socialisation, de détente, Elle est apprivoisée et investie symboliquement par les personnes itinérantes.

Elle est, de ce fait, objet de confrontations et de conflits (Dufour, 1998; Charest et Gagné, 1997; Parazelli, 1997). Les personnes itinérantes, en raison de leur mode de vie et surtout du fait de l'absence de domicile, sont souvent contraintes de vivre dans l'espace public (Thomas, 2000; Laberge et Roy, 2001; Roy, Noiseux et Thomas, 2003). Elles sont sous le regard constant des autres. Deux conséquences ressortent clairement de nos travaux à ce chapitre. La première concerne l'importance que prend la judiciarisation comme mode de résolution de problèmes: contraventions, arrestations, incarcération à la suite de ces affaires (Laberge et al., 2000; Bellot et al., 2005). La seconde est le fait que les personnes itinérantes font l'objet de victimisations diverses: agression physique ou sexuelle, vol d'objets personnels, d'argent, de médicaments, abus de confiance, menaces, expulsions illégales. Ces victimisations affectent leur santé, leur sentiment de sécurité et leur capacité de survivre. Chez les femmes itinérantes la victimisation joue et a joué un rôle particulier dans leur vie adulte. Deux cas de figure se distinguent ici: les femmes qui, plutôt jeunes, fréquentent des milieux de consommation de drogues, travaillent dans des bars de danseuses nues, qui vivent de prostitution ou sont victimes de violence de la part de leur conjoint/souteneur/revendeur de drogues (Dufour, 2005); les femmes victimes de violence conjugale et qui décident de fuir dans des refuges afin de se protéger et de protéger leurs enfants. Bien qu'elles soient objectivement des sans-abri, ces femmes ne se voient pas comme itinérantes et ne veulent pas être perçues comme telles.

  • [1] Cette représentation se trouve tout autant dans l'univers de la recherche que dans celui de la pratique. Le RAPSIM est le réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal.
 
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