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Enjeux de pouvoir et de régulation

Même si, pour tous, l'itinérance est une question éminemment politique et reconnue comme telle, les enjeux de pouvoir et de régulation sont rarement directement abordés dans la littérature et les recherches sur l'itinérance et même dans l'analyse des politiques publiques. Une diversité d'explications existe: le contexte, les priorités dans la construction de la connaissance, la nécessaire solidarité entre les acteurs, etc. Cette deuxième thématique sera abordée par quatre textes qui traitent des aspects différents et complémentaires.

Une première façon de poser la question du pouvoir est celle qui apparaît en filigrane de l'élaboration de ce qui s'est appelé la politique en itinérance et qui a été développée par le réseau des organismes communautaires œuvrant pour et avec les populations itinérantes. Celui-ci s'est donné comme projet de créer et de porter une plate-forme commune de revendications. Nathalie Rech présente, ici, l'exercice d'élaboration et de consultation qui a donné lieu au développement d'une telle plate-forme et qui touche les différentes dimensions de la vie itinérante. Cette politique vise aussi la reconnaissance de l'itinérance comme problème social, que ce soit par un financement adéquat des ressources, l'amélioration des services, la promotion des droits, etc. On sent, à travers le récit fait, les difficultés à arrimer les différents points de vue, à définir des priorités et à bâtir une vision commune de l'itinérance, ainsi que le défi qu'a constitué le développement d'un large consensus au sein même du milieu de l'itinérance.

Une deuxième façon d'aborder les dynamiques de pouvoir dans les situations d'itinérance nous est proposée par Marcelo Otero et Daphné Morin pour qui une relecture des modes de régulation est à faire, surtout lorsqu'ils se croisent dans des situations qui interpellent simultanément l'intervention sanitaire et juridique. Au fil des ans, des modalités de prise en charge des populations ayant des problèmes de santé mentale et de judiciarisation ont été précisées. Non seulement ces populations faisaient face à des a priori sur le plan de l'intervention, mais elles interrogeaient les limites de chacune de ces dynamiques. Dans un contexte où les différents acteurs ne s'entendent pas sur les actions à poser et sur la nature du problème à résoudre, certaines populations auraient été catégorisées, des expertises reformulées et des cadres prescriptifs adaptés. Ainsi, les populations seraient plus dérangeantes que dangereuses et les situations plus chroniques qu'urgentes. S'opérerait alors un déplacement des approches basées sur le contrôle et le traitement des populations vers une approche centrée sur l'acceptation et l'accompagnement.

Une troisième façon de s'intéresser aux questions de pouvoir et de régulation a pour objet l'étude de certaines politiques publiques, plus particulièrement là où l'État propose de s'interroger sur la problématique de l'itinérance par une fragmentation de celle-ci, fragmentation qui passe par une nouvelle catégorisation des populations. Pierre Gaudreau, s'intéressant à la question du logement social, suggère qu'il y aurait plus de proximité que de distance entre la question des sans-logis et celle de l'itinérance. Même si la nature des problèmes relève d'une logique semblable, on a plutôt tendance à les considérer distinctement. Cela entraîne une différenciation en matière de droits de chacun de ces groupes. Ce découpage tend à isoler une dimension de la problématique au détriment des autres et intègre une partie de la population en situation d'extrême pauvreté dans un groupe plus large. Ainsi, certaines dimensions spécifiques seraient masquées, ce qui risque d'entraîner l'adoption de solutions non adaptées et qui s'avèrent partielles.

Enfin, une quatrième manière d'interroger les modes de régulation des populations itinérantes consiste en l'étude des mécanismes de judiciarisation de populations démunies; approche qui a historiquement été privilégiée. Alors que le discours public nous amène à penser que ce mode de contrôle a été révisé, Céline Bellot et Bernard St-Jacques démontrent, au contraire, qu'il peut se dissimuler sous des formes nouvelles qui n'apparaissent pas, à première vue, comme des formes de répression. Ainsi, l'augmentation sensible du nombre de contraventions émises pour des comportements liés à la vie dans la rue laisse apparaître des pratiques de judiciarisation que l'on croyait disparues. Devant ce constat, des groupes de défense des droits proposent des solutions de rechange à la judiciarisation en tentant de déplacer cette question de la prise en charge pénale à la prise en charge sociale. Ces nouvelles modalités d'action interrogent alors les enjeux de pouvoir à l'œuvre dans la prise en charge des populations démunies et cherchent à les transformer.

 
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