L'offre de services à l'égard de la sexualité DES JEUNES DE LA RUE

À Montréal, la question de la sexualité des jeunes de la rue est traitée principalement d'un point de vue médical dans un but curatif ou préventif. L'offre de services aux jeunes de la rue, tant par des organismes communautaires qu'institutionnels, se concrétise notamment par la distribution de condoms (Spectre de rue, Centre local de services communautaires des Faubourgs, L'Anonyme, Dopamine, GEIPSI, Action Séro Zéro, etc.); des campagnes de vaccination gratuites contre les hépatites A et B; des tests de dépistage des ITS (CLSC des Faubourgs, Stella, Action Séro Zéro); des tests de grossesse (Grossesse-Secours, CLSC des Faubourgs); la présence d'infirmières dans les ressources, (Refuge des jeunes); la mise sur pied de cliniques médicales (Le Bon Dieu dans la rue, Stella), de services ou de programmes spécialisés dans les ressources publiques (services anonymes du CLSC des Faubourgs, l'Équipe-Itinérance et Clinique desjeunes, Centre universitaire de santé McGill-clinique pour adolescents [1], Hôpital Sainte- Justine [2], Hôpital de Montréal pour enfants [3]). La plupart de ces ressources offrent également des services d'information et de référence [4].

Bien que les questions de santé publique prédominent dans l'intervention, des activités ponctuelles proposées par certains organismes communautaires indiquent une ouverture à diverses dimensions de la sexualité [5]. En effet, certains organismes ont mis en place des ateliers ou des dîners- discussions sur des thèmes liés à la sexualité en présence parfois d'un sexologue. Ces activités visent à créer des espaces de parole, répondant ainsi à une demande soutenue des jeunes de la rue en matière de sexualité. De même, les récentes formations offertes aux intervenants et portant, par exemple, sur l'hypersexualisation à l'adolescence, la prostitution et les gangs de rue semblent témoigner d'un réel souci d'intervenir dans ce domaine [6].

Cependant, les actions menées n'en sont qu'au stade de l'expérimentation et posent plusieurs défis si l'on souhaite donner une réponse adaptée aux besoins particuliers des jeunes de la rue. L'existence de certains services ne garantit toutefois pas l'accès à tous les jeunes en raison de diverses contraintes et conséquences. Tout d'abord, les jeunes de la rue sont souvent craintifs et méfiants à l'égard des professionnels, des intervenants, des institutions qu'ils ont parfois fuis, ou de toute forme d'autorité (King et al., 1989). Cette méfiance est souvent liée à de mauvaises expériences antérieures comme des expériences d'abus, d'abandon, de rejet, etc., et au contexte lié à la fugue; pensons à la peur d'être dénoncé à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) et à la crainte d'être réintégré dans un centre jeunesse, etc.

Les jeunes sont également confrontés à des barrières organisationnelles. Certaines règles d'admission peuvent limiter l'accès: avoir des papiers d'identité, détenir une carte d'assurance maladie, respecter les horaires de l'organisme, avoir de l'argent pour payer les médicaments, etc. Des jeunes ont également signalé des lacunes dans les pratiques d'intervention, dont le manque de temps des intervenants, le manque de continuité dans l'intervention, le manque de communication, des attitudes négatives et un manque de courtoisie à leur égard (Haley et Roy, 2002). Il est alors d'autant plus difficile pour les jeunes de se conformer aux exigences des services et des conséquences qui y sont associées, considérant la désorganisation qu'ils vivent dans la me (Roy et al., 2002). En somme, comme le constate É. Roy (2002), les jeunes de la me reçoivent des services de santé qui peuvent être mal adaptés à leurs besoins.

Après avoir énoncé quelques repères plus théoriques concernant la situation de la me jeunes face à la rue, les rapports sexuels qu'ils y vivent et les pratiques d'intervention qui y sont rattachées, nous allons maintenant voir comment des jeunes vivant en centre jeunesse s'expriment sur ces questions. Notre but premier est de faire ressortir leur vision personnelle de l'itinérance et de la sexualité dans la rue afin d'être en mesure d'adapter les services et les efforts de prévention en conséquence.

  • [1] Programme de médecine pour les adolescents et gynécologie.
  • [2] Programme pour les victimes d'agressions sexuelles.
  • [3] Programme du Département de service social pour les victimes d'agressions sexuelles.
  • [4] Action Séro Zéro est un organisme qui fait la promotion de la santé sexuelle auprès des jeunes hommes gais ou bisexuels. On y fait entre autres de l'intervention de rue auprès des travailleurs du sexe. Le Projet d'intervention auprès des mineurs prostitués (PIAMP) s'adresse aux jeunes prostitués de 12 à 20 ans. "Projet 10" offre du soutien et de l'information aux jeunes de 14 à 25 ans qui s'identifient comme gais, lesbiennes et bisexuels, ainsi qu'aux personnes qui s'interrogent sur leur orientation sexuelle ou sur leur identité de genre.
  • [5] Notons qu'aucun organisme d'hébergement pour les jeunes de la rue à Montréal n'accepte les couples. Cependant, la majorité de ces organismes accueillent des mineurs et se heurtent par conséquent à une limite légale. Le Bunker est une ressource d'hébergement mixte (dortoirs séparés) pour les jeunes âgées de 12 à 19 ans. En Marge 12-17 ans est une ressource mixte (dortoirs séparés). Le Refuge des jeunes est une ressource d'hébergement pour les jeunes âgés de 12 à 25 ans de sexe masculin.
  • [6] Source: entrevue informelle avec une intervenante de l'organisme Le Bon Dieu dans la rue.
 
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