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PARTIE 2. ENJEUX DE POUVOIR ET RÉGULATION

CHAPITRE 5. POUR UNE POLITIQUE EN ITINÉRANCE. Se mobiliser pour améliorer la condition des sans-abri

Nathalie Rech

Le Réseau Solidarité Itinérance du Québec (RSIQ) s'est constitué en 1998. Il cherchait alors à répondre au besoin des organismes québécois d'aide à l'itinérance dans les différentes régions d'échanger à propos de leur expérience, de leurs pratiques et des réalités auxquelles ils sont confrontés. Son effectif est constitué d'une douzaine de regroupements régionaux de concertation (communément appelés concertations régionales) en itinérance qui agissent comme relais dans leur milieu respectif entre la permanence du RSIQ et les groupes de base. Au fil du temps, le mandat du RSIQ s'est élargi. Il consacre aujourd'hui une grande partie de ses efforts à faire avancer la cause des personnes en situation d'itinérance et à promouvoir la reconnaissance des groupes qui leur viennent en aide.

À plusieurs reprises dans le passé, des projets de loi ou de réformes ont amené le RSIQ à défendre le point de vue des personnes itinérantes. Pensons au projet de loi 57 sur l'aide aux personnes et aux familles. En commission parlementaire, le RSIQ a fait la démonstration qu'il existe des liens entre l'itinérance et la pauvreté à laquelle sont condamnés les prestataires de l'aide sociale[1]. Pensons au projet récent de la ministre Normandeau de faciliter les évictions par un projet de loi qui permettrait une accélération des processus d'éviction des locataires à la Régie du logement. Le silence inquiétant des conservateurs fédéraux sur les aspects sociaux de leur mandat nous force à revendiquer haut et fort la reconduction du financement destiné aux organismes qui viennent en aide aux sans-abri (Initiative de partenariats en action communautaire, IPAC). Plusieurs autres enjeux liés à l'itinérance exigent que l'on soit vigilant pour faire avancer la lutte à l'itinérance.

Appelé à intervenir sur différentes questions liées aux conditions de vie des personnes en situation ou à risque d'itinérance, le RSIQ avait le devoir de préciser sa vision de l'itinérance et de la lutte à l'exclusion sociale.

BÂTIR NOTRE MOUVEMENT

À différents moments de son histoire, le RSIQ a cherché à mieux définir ses positions à l'égard du phénomène de l'itinérance et des solutions à y apporter. Depuis sa création, le RSIQ a organisé plusieurs forums d'échanges, puis, en mai 2005, il a convoqué les premiers états généraux de l'itinérance au Québec. Cet événement a permis de réunir, à Montréal, plus de 220 personnes issues du milieu communautaire et institutionnel venant d'une douzaine de régions du Québec. L'objectif de cette rencontre était de discuter des grands enjeux liés à l'itinérance et de tracer le portrait actuel de celle-ci au Québec. Une série de rencontres régionales préalables (Québec, Saguenay, Vaudreuil, Longueuil, Drummondville, Lanaudière, Montréal et Sherbrooke) avaient permis, avec la collaboration des membres des regroupements régionaux de concertation, de préciser les caractéristiques des diverses situations, travail qui devait servir de base aux discussions des états généraux.

À l'issue des états généraux, le RSIQ a déposé un document intitulé Le Droit de cité, qui constitue une déclaration commune inspirée des grandes déclarations et chartes, et qui met en lumière la situation préoccupante des droits des personnes itinérantes. A Pété et à l'automne 2005, un appui au document Le Droit de cité a pris la forme d'une campagne de signatures dans l'ensemble des régions du Québec. Celle-ci a connu quelques moments culminants. Lors du lancement de la campagne à Sherbrooke en juillet 2005, élus, acteurs en itinérance, itinérants, citoyens et citoyennes ont été invités à "se mouiller pour l'itinérance" en plongeant dans la rivière Saint- François. De plus, le dévoilement des signatures à Montréal en décembre 2005 s'est fait au parc Èmilie-Gamelin, lieu symbolique de l'itinérance à Montréal. C'est là, en effet, que s'est ouvert le Refuge Meurling, en 1913, premier et seul refuge municipal de l'histoire du Québec. Ce lieu connu aussi sous le nom de "Square Berri" est encore et toujours occupé par des sans-abri.

La campagne autour de la déclaration du "Droit de cité" a permis de recueillir près de 8 000 signatures d'individus qui se sont ainsi montrés solidaires de cette cause. Bon nombre d'entre eux sont des personnes en situation d'itinérance ou de pauvreté, car plusieurs organismes qui leur viennent en aide en ont fait un outil de sensibilisation à leurs propres droits. Parmi les individus signataires de la déclaration, on retrouve de nombreuses personnalités de différents milieux: éducation, recherche, politique, syndical, communautaire, artistique, de la santé, du monde religieux, etc. Nous n'en mentionnerons ici qu'un seul: Marc Favreau, dont la solidarité avec les sans-abri, dans sa vie comme à la scène, mérite qu'on lui rende hommage.

Près de 400 organismes communautaires ont également apporté leur appui à "Droit de cité", démontrant aussi l'importance de la question de la défense des droits dans ces milieux où l'on travaille avec des personnes pauvres, marginalisées, exclues, et qui vivent toutes sortes de difficultés et de situations de vulnérabilité.

La signature de cette déclaration constituait une forme d'engagement social. En ce sens, la personne ou l'organisme signataire acceptait de veiller au respect des droits des personnes en situation ou à risque d'itinérance et de travailler à l'amélioration de leurs conditions de vie en faisant la promotion du "Droit de cité" et des revendications qui y sont incluses.

Le Droit de cité illustrait également l'importance, pour notre mouvement, de mener à terme un projet québécois de politique en matière d'itinérance qui reprendrait les droits énoncés dans la déclaration comme principes directeurs et qui interpellerait l'ensemble des paliers de gouvernement pour qu'ils fassent de l'itinérance une priorité d'intervention. C'est à ce travail que le RSIQ a consacré ses énergies pendant plusieurs mois, en mettant sur pied un comité dont le mandat était de rédiger un projet de politique. Ce comité réunissait des intervenants responsables d'organismes aux horizons différents et venant de différentes régions du Québec. Ils avaient une volonté commune: énoncer une vision globale de l'itinérance et proposer des solutions favorables aux personnes en situation ou à risque d'itinérance qui leur permettraient un plein exercice de leurs droits.

Le comité a donc travaillé dans cette perspective avec comme point de départ les droits des personnes en situation ou à risque d'itinérance et avec la conviction que l'itinérance n'est pas une fatalité, qu'on peut lutter ensemble pour améliorer le sort des personnes dont la situation est inacceptable. Le projet de politique en itinérance est donc constitué d'un ensemble de revendications qui se veut le premier pas du RSIQ dans l'élaboration d'une plateforme nationale.

Au terme de plusieurs rencontres, le comité de travail a produit une première version du projet de politique; celui-ci a fait l'objet de consultations régionales. Une dizaine de rencontres ont eu lieu avec les regroupements régionaux de concertation membres du RSIQ et avec les organismes et les partenaires de ces regroupements. Près de 200 personnes y ont participé: responsables et intervenants d'organismes communautaires, agents des agences de santé et de services sociaux, des municipalités, des centres de détention, des centres jeunesse, etc. À certaines de ces rencontres, des personnes usagères de ressources étaient également présentes. Enfin, des rencontres spécifiques ont eu lieu dans quelques ressources avec les usagers et les intervenants.

Ces rencontres régionales de consultation avaient pour objectif de présenter la démarche du RSIQ d'exposer le contenu du projet de politique et de recueillir des commentaires et des propositions. Il en est ressorti un ensemble de propositions (nouvelles ou amendant le document de base) qui ont été discutées lors d'une rencontre nationale qui s'est tenue en avril 2006. Ce rendez-vous national a réuni 140 personnes venues de tous les coins du Québec. Là encore, une diversité d'acteurs étaient présents. Tous ont travaillé très fort pour construire cette plateforme. Nous avons cherché à articuler notre discours autour de grandes préoccupations: un plus grand partage de la richesse, une intervention plus poussée de l'Ètat et une plus grande solidarité à l'égard des personnes itinérantes.

Ce travail collectif mené au sein du RSIQ a permis d'élaborer des pistes de solutions que nous proposerons aux différents paliers de gouvernement comme base de réflexion et d'action. Il nous permet de ne pas limiter nos actions à des réactions aux politiques et pratiques publiques. Cette plateforme, bâtie grâce à l'expertise issue de notre mouvement, nous permet d'améliorer nos rapports de force. De plus, elle a permis de mettre en avant la parole des exclus, hommes et femmes.

L'élaboration de cette plateforme nationale de revendications, notre projet de politique en itinérance, permettra de renforcer la cohésion de notre réseau autour d'une vision globale de l'itinérance (une vision qui dépasse le seul champ de la santé et des services sociaux) et de principes directeurs forts. Elle permettra également de développer une mobilisation autour de revendications fondées sur une lecture commune des réalités associées à l'itinérance.

Certes, notre mouvement n'a pas le monopole de la question de l'itinérance. Sur certains aspects, le RSIQ agira comme leader en développant des alliances avec d'autres mouvements. Sur d'autres, il agira en appui à divers regroupements, ce qui permettra d'accroître le rapport de force. L'important pour nous à l'heure actuelle est d'occuper la place publique avec les enjeux liés à l'itinérance en avançant des propositions de solutions. À cette fin, dans les mois et les années à venir, une combinaison de moyens devra être mise en œuvre pour faire la promotion de notre plateforme et de nos revendications. Bien sûr, un exercice de détermination de priorités devra être fait en concertation avec nos membres. En effet, notre plateforme contient un nombre imposant de revendications pour lesquelles il est impossible de développer des mobilisations en même temps.

Nos prochains plans d'action s'appuieront sur les demandes issues du milieu, milieu qui sera mobilisé afin de soutenir notre politique en itinérance. La force du RSIQ, ce sont ses membres régionaux qui mobilisent leurs équipes ainsi que leurs usagers et usagères.

Mettre en évidence les réalités propres à l'itinérance, développer des positions et des actions communes aux groupes œuvrant dans le champ de l'itinérance, faire front commun avec d'autres acteurs qui mènent déjà des luttes, développer des collaborations avec des groupes canadiens et internationaux, augmenter notre rapport de force face aux instances gouvernementales, telles sont nos priorités pour les années à venir; notre projet de politique n'est qu'un point de départ.

Nous souhaitons que ce travail collectif incite les différents paliers de gouvernement à adopter une politique en itinérance, particulièrement le Québec, dont c'est le champ de compétence. Cependant, nous ne voulons pas n'importe quelle politique. Nous souhaitons une reconnaissance de l'itinérance, de la réalité des personnes qui la vivent et du caractère indispensable de l'intervention des groupes auprès de ces personnes. Nous attendons encore davantage des actions gouvernementales concrètes de lutte à l'itinérance, ce qui passe obligatoirement par un financement adéquat des groupes ainsi que par des investissements sociaux importants (dans le logement ou le soutien au revenu entre autres).

  • [1] La Commission des affaires sociales a eu lieu en octobre 2004.
 
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