PORTER NOS REVENDICATIONS

La volonté politique de répondre aux problématiques de pauvreté, d'exclusion sociale et d'itinérance doit se matérialiser si l'on veut sortir de ces situations et offrir à tous un meilleur avenir au sein de la société et non à sa marge.

Dans ce domaine, les problèmes sont immenses et les solutions doivent être adaptées. Quand on trace un portrait de l'itinérance, on voit que chaque histoire individuelle est unique. Le point commun de ces histoires est d'être l'aboutissement d'un processus d'exclusion et de marginalisation résultant de la combinaison de facteurs tant structuraux qu'individuels. Ainsi, les solutions doivent être multiples et prendre en compte la complexité des situations en combinant des mesures propres à différents niveaux (individuels et collectifs). Elles doivent donc porter sur différentes dimensions, l'itinérance n'étant pas qu'un problème de santé et de services sociaux.

Dans nos interventions politiques, nous nous sommes attachés à dénoncer les violations de droits dont sont victimes les personnes en situation ou à risque d'itinérance et à identifier des moyens permettant de garantir à ces personnes un meilleur exercice de leurs droits fondamentaux.

Le droit de cité constitue notre premier objectif et a été placé en tête de liste dans notre projet de politique, tant les préoccupations liées à la citoyenneté paraissaient importantes. Déjà, dans la déclaration du même nom, nous insistions sur le fait que l'exercice de la citoyenneté devait être garanti, notamment la liberté d'expression et l'accès à l'espace public. Trop souvent, les sans-abri sont l'objet de préjugés. Ils ne sont pas considérés comme des citoyens à part entière, ce qui conduit à un déni de leurs droits. Notre plateforme propose des voies pour améliorer l'accès des personnes itinérantes à l'espace public puisque, tout en y étant particulièrement présentes, elles sont l'objet d'intolérance, de pratiques discriminatoires, de répression et d'une importante judiciarisation. Au cours des dernières années, on a constaté que l'opposition aux projets touchant les populations itinérantes a grandi. Ce que l'on appelle communément le syndrome "Pas dans ma cour" se développe et force les organismes promoteurs à bâtir des stratégies de séduction ou de contournement dans le milieu dans lequel ces populations sont présentes. Nous avons donc intégré dans notre plateforme des revendications de nature législative ou réglementaire afin de contrer ce phénomène.

Un deuxième grand objectif qui permettrait d'avoir un impact majeur sur la réduction de l'itinérance et de l'exclusion est le droit de tous à un revenu décent qui permettrait aux individus d'apporter une réponse adéquate à leurs besoins essentiels. Actuellement, un grand nombre de sans-abri ne reçoivent pas de prestations d'aide sociale et, pour ceux qui y en bénéficient, ce revenu équivaut au tiers du seuil de faible revenu. Garantir un revenu décent à tous afin que chacun puisse subvenir à ses besoins essentiels passe nécessairement par l'augmentation des niveaux de prestations de l'aide sociale et du salaire minimum (puisque de nombreux travailleurs vivent dans la pauvreté). C'est aussi s'assurer d'un accès plus grand au revenu. À long terme, il faut viser un changement plus radical dans la répartition de la richesse, par l'intermédiaire de la fiscalité, et aussi par la mise en place d'un revenu de citoyenneté universel, non discriminatoire et plus facile à gérer que l'actuel dispositif de mesures de soutien.

Notre troisième objectif est le droit au logement. Les personnes itinérantes sont sans toit ou vivent des situations d'instabilité résidentielle, car elles n'ont pas accès à un logement financièrement abordable, adéquat, stable et sécuritaire. Le droit au logement ne peut s'exercer dans le contexte actuel du marché du logement. Collectivement, nous avons besoin d'un plus grand nombre de logements sociaux. Certains de ces logements devraient inclure un soutien communautaire pour les personnes qui ont besoin d'accompagnement transitoire ou permanent. On devrait voir se développer davantage de mesures de contrôle sur le marché privé de l'habitation, où l'on déplore une flambée des prix, un manque d'entretien et des pratiques discriminatoires.

Quatrièmement, le droit à la santé constitue une revendication importante puisque les personnes itinérantes sont plus vulnérables que la population en général sur le plan de la santé mentale et physique. L'accès aux soins, traitements et services doit être amélioré, particulièrement dans le réseau public où certains itinérants ont de la difficulté à se faire entendre et soigner. Les questions liées à l'information, pour ce qui a trait à la confidentialité ou à l'accès de la personne à son dossier, doivent également être soulevées.

Déjà, lors des états généraux de 2005, la question de l'accès des personnes à des soins de santé, à des services sociaux et à des ressources adaptées avait été abordée. Au regard de l'accessibilité et de la disponibilité de ces soins et services, on constate que, dans une diversité de milieux, les personnes sans abri sont confrontées à cette difficulté, particulièrement pour ce qui est des soins génériques. Des attitudes discriminatoires ainsi qu'une mauvaise compréhension des réalités et des conditions de vie des personnes itinérantes sont rapportées par les personnes elles-mêmes et par les intervenants. Une meilleure adaptation et une plus grande souplesse du réseau public sont souhaitables. Il faut aussi repérer les faiblesses et les manques de services dans le but de les combler.

Un autre constat concerne le nombre toujours plus élevé de personnes aux prises avec des problèmes lourds auxquels il est difficile d'apporter des solutions rapides. Ces personnes vivent des situations particulièrement graves sur le plan de l'exclusion et se retrouvent même exclues du réseau d'aide. Elles vivent ce qu'on appelle la "porte tournante". Elles sont particulièrement touchées par les problèmes chroniques et ont peu de perspectives de sortie de l'itinérance. Une intervention à long terme et qui met plusieurs ressources à contribution est particulièrement nécessaire pour ces personnes.

La déclaration "Le Droit de cité" abordait la question de la santé sous trois angles. Tout d'abord, celui du soutien auprès des personnes ayant été victimes de négligence, d'abus et d'exploitation; on le sait, de nombreuses personnes itinérantes ont vécu ou vivent ces situations, particulièrement (mais pas seulement) les jeunes et les femmes. Ce constat a amené le RSIQ à mettre en œuvre des mesures pour soutenir les familles et les jeunes en difficulté, tant au sein de la famille que dans les institutions. Ensuite, on affirmait le droit de bénéficier de ressources, activités et services gratuits, confidentiels et appropriés, notamment en matière médicale, psychosociale, psychiatrique, tout autant que juridique ou éducative. Enfin, le droit à une adhésion libre, c'est-à-dire non contrainte, doit être garanti dans les programmes, activités et services destinés aux personnes en situation d'itinérance.

Cinquièmement, la plateforme du RSIQ revendique le droit à l'éducation pour laquelle des moyens favorisant l'insertion socioprofessionnelle des personnes doivent être développés. Il s'agit notamment de créer et de soutenir des groupes d'alphabétisation, des pratiques d'éducation populaire, des "écoles de rue", des plateaux d'insertion, etc. Ètant donné la faible scolarisation et l'absence de spécialisation professionnelle d'une forte proportion des personnes sans abri, ces mesures sont absolument indispensables pour donner une chance réelle à ces personnes de se réinsérer. La dimension affiliation sociale doit être considérée dans ces processus et lieux d'éducation et de formation.

Enfin, sixième et dernier objectif de la plateforme de revendications: la nécessité d'une reconnaissance du réseau d'aide et de solidarité. Les groupes communautaires formant ce réseau présentent une diversité de pratiques d'intervention, toutes nécessaires pour répondre aux besoins de différentes populations. Lors des états généraux de 2005, la nécessité du maintien de pratiques d'intervention plurielles et globales avait été affirmée en lien avec la diversité des situations et des problématiques vécues par les personnes itinérantes. De nombreuses pratiques coexistent; de nouvelles apparaissent et permettent de répondre à des besoins émergents ou non comblés. Cette diversité doit être maintenue, l'ensemble de ces pratiques devant être reconnues et financées adéquatement.

Au-delà des services offerts, les groupes communautaires en itinérance constituent des lieux importants de prise de parole citoyenne et de participation sociale. La défense des droits est aussi un élément important du travail de ces groupes. Il doit être valorisé, à la fois individuellement et collectivement.

La reconnaissance de la mission des organismes doit nécessairement être accompagnée d'un financement adéquat qui respecte l'autonomie des groupes. Cela passe par une hausse significative des subventions actuellement accordées. En effet, l'insuffisance et la non-récurrence des sources de financement disponibles, tant gouvernementales que privées, font en sorte que la continuité de l'intervention auprès des personnes ainsi que la consolidation des pratiques et des groupes qui les mettent en œuvre paraissent souvent compromises. La reconnaissance, par les pouvoirs publics, de l'autonomie des groupes dans la définition de leur mission est une condition sine qua non de meilleures perspectives, de même que l'augmentation du financement public qui leur est accordé. Des stratégies d'autofinancement pourraient venir compléter le financement public sans pour autant constituer l'essentiel des revenus des groupes communautaires, alors qu'actuellement l'autofinancement est une obligation pour la survie de nombreux groupes.

Les états généraux de 2005 ont été l'occasion de décrire la précarité financière des groupes et de souligner les nombreux défis qui en découlent pour la gestion des ressources humaines: conditions de travail difficiles (horaires trop lourds, faibles salaires, insécurité, stress), alourdissement des charges de travail, roulement important des personnels au sein des équipes, difficultés de recrutement et de rétention, etc. La supervision clinique et la formation continue doivent être développées et les conditions de travail rehaussées. La collaboration entre les organismes et le partage de l'expertise entre ressources sont aussi des éléments à renforcer. Ces changements ne pourront se faire sans une augmentation substantielle du financement des groupes.

 
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