Menu
Home
Log in / Register
 
Home arrow Law arrow litineМЃrance en questions

CHAPITRE 7. LES SANS-LOGIS. Une frontière mince avec l'itinérance [1]

Pierre Gaudreau [2]

La pénurie de logements qu'a vécue le Québec dans la première moitié de la décennie du nouveau millénaire nous force à nous interroger sur les définitions des termes itinérance, sans-abri, sans-logis. Les différences entre ces populations sont parfois imprécises et, au-delà de l'absence de toit, les autres caractéristiques sont souvent semblables.

Par contre, les mesures qui sont destinées à ces populations ne sont pas de même nature, allant jusqu'à être discriminantes pour certaines d'entre elles. Ainsi, des mesures spéciales d'aide au logement ont été mises en place pour les ménages sans logis. Dans ce cas, l'Ètat juge que l'absence de toit nécessite une intervention d'urgence, alors que cette absence serait plus acceptable pour les personnes en situation d'itinérance. Cette question, loin d'être sémantique, interpelle le milieu qui se préoccupe de la défense des droits des populations. Dans ce texte nous soulèverons certains des enjeux liés à cette question, dont la crise des sans-logis, celle des programmes

d'aide, les problèmes de discrimination au regard de l'accès au logement, le rapport à l'itinérance, la diversité des besoins et des explications valides pour ces divers groupes.

LA CRISE DES SANS-LOGIS

Au début des années 2000, on observe une situation sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale en ce qui a trait au parc de logements locatifs. Le taux d'inoccupation des logements locatifs atteint un bas niveau, en-deçà du théorique taux d'équilibre de 3 %; il franchit la barre des 1 % dans bien des quartiers populaires. Cette situation est vécue d'abord à Montréal et à Gatineau; elle s'étend ensuite à presque tous les centres urbains du Québec.

Cette situation peut s'expliquer par de nombreux facteurs. A Montréal, l'immigration internationale et la migration des autres régions du Québec accroissent le nombre de ménages et en conséquence la demande de logements. D'une part, l'apparition d'une nouvelle catégorie de ménages formée par les personnes vivant seules et, d'autre part, le départ tardif de la maison des enfants adultes augmentent aussi la demande et exercent une pression sur le marché locatif, tout cela dans un contexte de croissance économique soutenue.

On considère, d'un certain point de vue, qu'il n'y a pas de problèmes: le marché se porte bien, le prix des maisons augmente, les loyers explosent, augmentant de 20 % entre 2000 à 2005. Cependant, les revenus des plus démunis ne suivent pas. Les problèmes liés au non-paiement du loyer s'accroissent, de même que l'intolérance des propriétaires qui ont des dizaines de candidats prêts à occuper un logement vacant. À la Régie du logement, les demandes et les jugements d'éviction pour non-paiement de loyer augmentent de 12%; cela représente, pour 2005, 45 000 demandes (FRAPRU, 2006, p. 5).

Au début de l'an 2000, les logements sont plus chers et plus rares. On voit alors poindre une situation où des ménages, (familles avec enfants, couples, personnes seules) qui avaient jusque-là un logement et qui, l'ayant quitté pour différentes raisons (éviction, départ volontaire, transformation du ménage, etc.), se retrouvent sans logement. Jusqu'à cette période, ces types de ménages réussissaient à trouver un logement, souvent cher, insalubre et mal situé, mais un logement tout de même.

Or, à Montréal, dès les premiers mois de l'an 2001, l'Office municipal d'habitation et les comités de logement se retrouvent devant un nombre croissant de ménages sans logis. Pour répondre à cette situation, le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) (un regroupement d'organismes québécois de lutte pour le droit au logement) exige et obtient la mise en place de mesures d'urgence pour le 1er juillet (moment où légalement le bail annuel liant locataire et propriétaire entre en vigueur).

  • [1] Ce texte est une mise à jour de l'exposé fait au colloque du Collectif de recherche sur l'itinérance, la pauvreté et l'exclusion sociale (CRI) en mai 2004.
  • [2] Coordonnateur, Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal.
 
Found a mistake? Please highlight the word and press Shift + Enter  
< Prev   CONTENTS   Next >
 
Subjects
Accounting
Business & Finance
Communication
Computer Science
Economics
Education
Engineering
Environment
Geography
Health
History
Language & Literature
Law
Management
Marketing
Mathematics
Political science
Philosophy
Psychology
Religion
Sociology
Travel