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PARTIE 3. ANALYSER L'INTERVENTION ET LA REPENSER CHAPITRE

CHAPITRE 9. L'AIDE AUX PERSONNES ITINÉRANTES. Un réseau pour agir [1]

Shirley Roy

Daphné Morin

Le monde de l'itinérance est complexe. Des personnes aux trajectoires de vie singulières forment le contingent d'une population aux marges d'une société qui aménage des espaces pour contenir, accueillir, soutenir des individus, et pour gérer des situations qui dérangent, inquiètent. Ces personnes présentent un ensemble de demandes d'aide et manifestent une diversité de besoins auxquels la société tente ou non de répondre. Fournir des services adaptés aux demandes ou aux besoins des personnes vivant dans la rue est une dimension centrale du débat actuel concernant les actions à mener dans la lutte contre la grande pauvreté et l'exclusion sociale (Fortier et al., 2001; Fournier, 2001; Haley et al, 1999; Hwang et al, 2001; Laberge, 2000; Roy et al., 2006; Simard, 2005). Comment s'assurer d'avoir des réponses pertinentes et adaptées aux populations concernées? Comment penser la continuité de l'aide face à des trajectoires de vie aussi diversifiées, aux multiples problèmes et difficultés que rencontrent ces personnes, aux ressources souvent limitées dont chacune dispose? Existe-t-il des modèles plus efficaces au regard de la variabilité des situations et des problèmes rencontrés? Est-il possible de concilier les demandes et les attentes souvent contradictoires exprimées par les différents groupes sociaux? Comment penser l'aide dans une société où les mesures de protection sociale ont fait l'objet de réductions draconiennes au cours des vingt dernières années et où de nouveaux dispositifs et pratiques d'intervention se sont mis en place et réorganisés selon d'autres principes?

A partir d'entretiens [2] réalisés avec des intervenants [3] (cliniciens, coordonnateurs de ressources, gestionnaires de programmes, intervenants de ressources communautaires) travaillant auprès de personnes itinérantes, nous nous proposons de réfléchir au cadre dans lequel l'action se déroule et aux logiques d'action qui y apparaissent. Si la relation à l'autre occupe une place centrale dans l'univers symbolique des intervenants engagés auprès des populations itinérantes - le "face à face" - et est fortement présente dans le discours, le "réseau" comme espace sociopolitique et comme forme concrète d'intervention l'est tout autant. Mais nommer cette convergence de représentations ne signifie nullement que les intervenants ne butent pas sur des difficultés, voire sur des limites. Le réseau est traversé de fortes tensions en raison de la diversité des logiques d'action qui coexistent ainsi que des ressources (publiques ou communautaires, dédiées ou universelles, spécialisées ou non) qui le composent et qui ont des mandats, des missions parfois difficilement conciliables et des moyens pour le moins inégaux.

Notre projet poursuit trois objectifs. D'abord, montrer que le réseau constitue le dispositif qui permet d'intégrer dans l'action des logiques et principes contradictoires ou antagoniques; il en est même la condition de possibilité. Ensuite, s'attarder à chacune des logiques d'action pour démontrer qu'elles possèdent une certaine cohésion interne (principes, valeurs, etc.) et qu'elles constituent des ressources auxquelles les intervenants pourront recourir selon les contextes et les situations qu'ils rencontrent. Enfin, proposer une réflexion sur la spécificité de l'intervention créée par la rencontre d'une variété de logiques, elles-mêmes inscrites dans une diversité de ressources constituées en réseau. Cette analyse permet de repenser les modalités de l'intervention telle que pratiquée dans différents secteurs de l'action sociale. En raison même de la diversité des populations touchées, de la complexité des problèmes rencontrés et du nombre de ressources et d'acteurs mobilisés, le champ de l'itinérance peut constituer un terrain d'analyse de pratiques novatrices qui dépassent ce seul lieu d'observation, ainsi que des transformations sociales plus larges au regard des styles et des conditions de possibilité d'intervention sur les "problèmes sociaux" contemporains.

  • [1] Cet article est tiré d'une recherche qui a été réalisée grâce au soutien financier du ministère des Ressources humaines et Développement des compétences Canada dans le cadre du programme Initiative de partenariats en action communautaire (IPAC II).
  • [2] Comme il s'agit d'un vaste réseau dont l'offre touche à un ensemble de domaines, nous avons diversifié la composition du groupe de personnes interviewées selon certaines variables: le statut du réseau (public-communautaire); le champ d'intervention (santé, hébergement; travail de proximité, sécurité publique, etc.), le statut professionnel (travailleur social, infirmière, médecin, psychiatre, policier) et le rôle dans l'organisation (intervenant, gestionnaire). Nous avons réalisé 23 entrevues. Nous avons procédé à des entrevues semi-dirigées qui ont été retranscrites intégralement et traitées avec le logiciel d'analyse de contenu NVivo. Il s'agit d'une analyse exploratoire du discours. La démarche ne vise aucunement une validation ou une généralisation des conclusions à l'ensemble des populations visées et des ressources concernées. Pour plus de détails concernant la méthodologie, voir Roy et al, 2006.
  • [3] Dans cet article, nous utilisons le terme générique intervenant pour toutes les catégories d'acteurs qui œuvrent auprès de populations itinérantes, ce qui comprend des cliniciens, coordonnateurs de ressources, gestionnaires de programme, intervenants de ressources communautaires. Même si leurs lieux de travail sont différents, leurs mandats et leurs ressources différentes, cette désignation situe le lieu général d'où ils parlent - celui qui prodigue une forme d' "aide" dans le cadre d'une relation professionnelle - et donne une certaine unité à cette fonction sans pour autant en gommer les différences. Nous ne nous intéressons pas ici aux différences entre acteurs-intervenants dans leurs relations aux populations itinérantes, mais au rapport social existant entre une intervention engageant des personnes reconnues compétentes (les intervenants notamment grâce aux effets de l'institution), et des personnes en demande de services (les personnes itinérantes).
 
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